
L’agenda est plein. Les patients sont fidèles. Les soins sont bons.
Et pourtant, le soir, tu es vidée. Pas « fatiguée comme après une longue journée ». Vidée. Comme si quelque chose fuyait en permanence sans que tu arrives à colmater la brèche.
Si tu te reconnais dans cette phrase, ce qui suit va probablement résonner.
Le problème n’est pas que ton rythme de travail.
Quand on est épuisée malgré un cabinet qui tourne, le premier réflexe c’est de chercher là où on pourrait gagner du temps. Optimiser le planning. Raccourcir les rendez-vous. Trouver des astuces.
C’est compréhensible. Et ça aide, temporairement.
Mais ça ne change pas le fond.
Parce que le fond, la plupart du temps, ce n’est pas un problème d’organisation personnelle. C’est un problème de structure.. La façon dont le cabinet a été pensé, ou pas pensé, autour de toi.
Un cabinet dont tout repose sur ta présence physique est structurellement épuisant. Peu importe à quel point tu t’organises bien à l’intérieur de ce système. Si tu t’arrêtes, tout s’arrête. Et cette réalité-là,au dessus de ta tête et elle pèse. Même quand rien ne se passe. Même le week-end. Même en vacances.
Ce qu’on n’apprend pas à la fac et qui pourrait tout changer.
On passe des années à apprendre à soigner. C’est normal, c’est le cœur du métier.
Mais le jour où on ouvre ou reprend un cabinet, on devient aussi cheffe d’entreprise. Sans formation. Sans transition. Et on apprend à gérer une équipe, à lire des chiffres, à prendre des décisions stratégiques sur le tas, dans l’urgence, souvent seule.
Ce n’est pas un manque de capacité. C’est un manque d’information/formation. Et ce n’est pas la même chose du tout.
Le résultat, c’est qu’on construit souvent un cabinet autour de sa propre capacité à travailler, parce que c’est la seule ressource dont on soit sûre.
Pas autour d’un système. Autour de soi.
J’ai fait les deux.
Et j’ai compris la différence à mes dépens.
Mon premier cabinet, c’était à Paris. J’avais, sans vraiment le théoriser à l’époque, réussi à construire quelque chose qui fonctionnait sans moi. Des associées, des collaborateurs, des remplaçants, des assistantes: une équipe solide.
Des processus qui tournaient plus ou moins bien.
Mais ce cabinet existaitt au-delà de ma seule présence.
Puis j’ai ouvert un second cabinet, à Grenoble.
Et là, sans m’en rendre compte sur le moment, j’avais construit exactement l’inverse. J’étais devenue la seule source de chiffre d’affaires. Tout reposait sur ma présence physique. Sur ma capacité à être là, chaque jour.
C’est précisément à ce moment-là que mes filles étaient petites. Et que je voulais être présente pour elles; vraiment présente, pas juste physiquement dans la même maison le soir, épuisée.
L’étau s’est refermé progressivement. Pas brutalement. Mais réellement..
Ce qui m’a le plus bousculée, rétrospectivement, c’est le constat suivant : j’avais déjà su faire autrement à Paris. Ce n’était pas de la chance. C’était le résultat de choix, une certaine façon de construire les choses, de penser “équipe”, de me positionner dans le cabine comme dirigeantet. Et à Grenoble, j’avais fait des choix différents. Probablement par manque de recul sur ce moment de vie, par urgence, par envie d’aller vite et un peu aussi par orgueil de vouloir réussir seule.
Aujourd’hui j’ai arrêté d’exercer mais je sais que cette analyse, il y a 5 ans en arrière, aurait tout changé.

La vraie question que peu de praticiennes se posent
Ce n’est pas : « comment faire tourner mon cabinet ? »
C’est : « pour qui est-ce que je construis tout ça ? »
Quand un cabinet est pensé autour de la praticienne et non autour des actes à produire ou du chiffre à atteindre, quelque chose change fondamentalement.
L’équipe n’est plus là pour exécuter. Elle est là pour que toi, tu arrives au fauteuil dans les meilleures conditions. Les processus ne sont pas là pour contrôler. Ils sont là pour protéger ton énergie. L’organisation ne sert pas à remplir ton agenda à ras bord. Elle sert à ce que tu aies encore quelque chose à donner quand tu t’assoies en face d’un patient.
Et quand le cabinet tourne pour toi et non l’inverse, quelque chose devient possible.
Choisir.
Choisir combien de jours tu travailles. Choisir les actes que tu veux vraiment exercer. Être présente pour tes enfants sans que ça mette le cabinet en péril. Prendre de vraies vacances. T’absenter sans que tout vacille.
Ce que ça demande concrètement
Ça ne demande pas de tout repenser du jour au lendemain. Ça demande de commencer à regarder son cabinet avec une question différente.
Non plus « qu’est-ce que je dois gérer aujourd’hui ? » mais « qu’est-ce qui, dans ce cabinet, ne devrait pas dépendre de moi ? »
- L’équipe : est-ce qu’elle peut prendre des décisions opérationnelles sans que tout passe par toi ?
- Les process/protocoles : est-ce qu’ils existent sur papier, ou uniquement dans ta tête ?
- Les finances : est-ce que tu pilotes, ou est-ce que tu subis ?
- Ton planning : est-ce que tu l’as choisi, ou est-ce qu’il s’est imposé à toi ?
Ces questions n’ont pas de mauvaises réponses. Elles ont juste des réponses honnêtes. Et les réponses honnêtes sont toujours le meilleur point de départ.
Ce n’est pas une fatalité. C’est une architecture.
Et les architectures, ça se modifie.
Pas forcément vite. Pas toujours facilement. Mais avec méthode, avec un regard extérieur, et avec la conviction que tu as déjà, quelque part en toi, tout ce qu’il faut pour le faire autrement.
Tu l’as peut-être déjà prouvé à toi-même, sans t’en rendre compte.
Si ces questions t’ont parlé et que tu veux les explorer plus loin, je t’invite à découvrir comment on peut travailler ensemble.
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Gaëlle Pieus
Chirurgienne-dentiste,
fondatrice du Conseil Privé Accompagnement individuel pour femmes chirurgiens-dentistes
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